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Déserts médicaux, la nouvelle donne

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19 juin 2015

Mauvais Point

Déserts médicaux, la nouvelle donne

 

Le 16 juin dernier, le Conseil National de l’Ordre des Médecins a organisé, à l’occasion de sa nouvelle édition de l’Atlas de la démographie médicale[1], un débat sur les résultats en présence de la CNAMTS, d’un représentant d’ARS, du Commissariat Général à l’Egalité des Territoires (CGET) et de l’Etat.


La pénurie de médecins, une idée reçue

 

Avec 281 087 médecins inscrits au tableau de l’Ordre en 2014, la France n’a jamais compté autant de médecins et le nombre de médecins actifs a doublé en 35 ans (215 539 médecins étaient en activité en 2014). Certains territoires semblent pourtant de plus en plus manquer de médecins. On met souvent en cause le numerus clausus, qui serait trop restreint. Ses effectifs ont pourtant plus que doublé ces dix dernières années pour atteindre 7 497 places.

 

La population médicale vieillit

 

La population médicale est vieillissante (26,4% des inscrits au tableau ont plus de 60 ans, 23% du total sont retraités et cette proportion augmente).


Un quart des médecins ne pratiquent pas la médecine

 

Chaque année, pas moins de 25% des médecins diplômés d’une faculté française décident de ne pas s’inscrire à l’Ordre pour exercer d’autres professions, dans le journalisme ou l’administration par exemple, au détriment du soin.


L’exercice libéral attire modérément les médecins

 

Lors de leur première inscription à l’Ordre, 15% des jeunes médecins choisissent l’exercice libéral/mixte en première  intention. Cinq ans plus tard, ils sont  (seulement) 40% à s’orienter vers ce mode d’exercice.


Les déserts médicaux ne se situent pas là où on le croit

 

Les territoires « en danger pour les soins de premier recours » ne concernent pas exclusivement les territoires ruraux mais aussi certains quartiers des métropoles, comme Paris, voire des villes moyennes, comme Châteauroux. Sur la période 2007-2015, la région Ile-de-France recense une diminution de 6% des médecins en activité régulière, alors que la région des Pays-de-la-Loire comptabilise une hausse de 6%.


Le nombre de médecins diplômés à l’étranger augmente

 

Sur les médecins à diplômes étrangers : le nombre de  médecins titulaires d’un diplôme obtenu hors de France augmente depuis 2007 (+42,7%).

 

Une baisse constante des effectifs en médecine générale

 

On dénote une baisse constante depuis 2007 des effectifs en médecine générale (on est passé de 64 778 médecins généralistes en 2007 à 58 104 en 2015, soit une baisse de 10,3%, et une baisse supplémentaire de 6,8% est à prévoir pour les années 2015-2020).


Côté spécialistes, l’exercice libéral reste en progression

 

Entre 2007 et 2015, l’exercice libéral des spécialistes était en hausse de 6,2% pour les spécialités médicales  et de 25,8% pour les spécialités chirurgicales. Toutefois, 4 spécialités sont en souffrance : la rhumatologie (-10,3% depuis 2009), la dermatologie (-7,7% depuis 2009), la chirurgie générale (-24,7% depuis 2009), l’ORL (-7,8% depuis 2009).

 

Pour aider à l’installation des médecins et repérer les zones sous-dotées, le Conseil de l’Ordre a créé une cartographie interactive, véritable outil d’aide à la décision, sur son site internet : www.demographie.medecin.fr


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Le 16 juin, suite à la présentation de ces résultats au CNOM, plusieurs intervenants se sont exprimés, tantôt pour récuser la notion de « désert médical », qui jetterait injustement le discrédit sur toute la profession alors considérée comme « déserteuse », tantôt pour préconiser le développement des pratiques avancées[2] ou le soutien à l’exercice groupé et pluridisciplinaire, tantôt pour dénoncer le pillage, par la France, des ressources médicales de certains pays de l’Union européenne comme la Roumanie par exemple.

 

Dans un cri quasi unanime, les débatteurs se sont entendu pour appeler les pouvoirs publics à mieux organiser les réponses dans les « zones en tension » autour des besoins et attentes… des médecins !

 

Si le CISS avait été à la table ronde, il aurait soutenu une toute autre thèse, celle d’un schéma d’organisation articulé autour des usagers, prenant bien sûr en compte les caractéristiques des professionnels mais tenant avant tout compte de l’évolution des maladies  ainsi que par exemple des nouvelles technologies permettant de mieux coordonner les soins… critères pas une fois évoqués autour de la table.

 

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On l’appellera comme on voudra, mais le problème de la  répartition des médecins libéraux sur les territoires, aggravé par une permanence des soins ambulatoires chaotique, pose de réels problèmes d’accès aux soins aux usagers, y compris à ceux qui vivent dans les villes. Ils peuvent, en certaines circonstances, occasionner l’engorgement des services d’urgence hospitaliers et compromettre la sécurité des patients là où l’attente pour un rendez-vous excède des délais raisonnables.

 

Comment promouvoir l’observance des malades d’un côté, et laisser se creuser les inégalités d’accès aux soins de l’autre ? Pourquoi charger les Agences régionales de santé (ARS) de l’organisation des soins sur les territoires si on ne leur donne pas les moyens d’agir sur l’offre ambulatoire comme elles le font pour les établissements de santé ?

 

Autant de questions posées par le CISS qui n’ont, hélas, pas pu être discutées le 16 juin dernier au CNOM…




[2] Selon la définition consensuelle du Conseil International des Infirmiers adoptée en 2008 : "Une infirmière de pratique avancée est une infirmière diplômée d’État ou certifiée qui a acquis les connaissances théoriques, le savoir-faire nécessaire aux prises de décisions complexes, de même que les compétences cliniques indispensables à la pratique avancée de son métier, pratique avancée dont les caractéristiques sont déterminées par le contexte dans lequel l’infirmière sera autorisée à exercer. Un master est recommandé comme diplôme d’entrée."